Imprimer

UNE BELLE HISTOIRE...

Je pesais 2 kg 100 à la naissance et j'étais toute cyanosée car j'avais une cardiopathie appelée "Tétralogie de Fallot": malformation cyanogène qui comporte un rétrécissement de l'artère pulmonaire, une communication inter-ventriculaire, un chevauchement de l'aorte et un épaississement du ventricule droit....

J'ai donc subi deux interventions chrirurgicales dont 1 palliative à l'âge de 3 ans et une définitive à l'âge de 10 ans ainsi qu'un cathétérisme et une angiocardiographie.

Ce fût une seconde naissance pour moi et, pour mes parents, un réel soulagement et une joie incommensurable car ils avaient déjà perdu leur 1" fille (aînée) âgée de 11 ans atteinte de la même cardiopathie. En ce qui me concerne, la vie commençait réellement après dix années de vie au ralenti car j'étais très essoufflée, ma maman devait me porter tout le temps. J'en profite au passage pour remercier vivement les bons soins du Professeur AIGUEPERSE et de son équipe de la Porte de Choisy.

J'ai alors réalisé que je devais montrer de quoi j'étais capable à mes parents, à mon frère plus âgé que moi et à toute ma famille en général. J'ai donc réussi à m'investir un minimum dans mes études en passant d'abord un baccalauréat Gl (secrétariat) et un diplôme de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris (secrétariat). J'ai ensuite travaillé de 1983 à 1992 comme secrétaire commerciale sur PARIS, puis agent de contentieux à Brest où j'ai suivi mon époux qui y travaille.
Je me suis mariée en 1989. Comme toute finalité d'un couple, nous avons envisagé d'avoir un entant.

Lors d'une consultation de cardiologie, nous avions su qu'une contraception ne m'était pas contre-indiquéc. à la seule condition qu'elle soit mini-dosée, mais aussi qu'une grossesse était envisageable.

En 1990, nous avons pris la décision d'avoir un enfant et avons pris rendez-vous avec le gynécologue. Celui-ci m'a dit que l'on prendrait toutes les dispositions nécessaires par rapport à mes antécédents, mais un autre critère rentrait en ligne de compte, le fait d'avoir subi 3 interventions des hanches (Epiphysiolyses). Le verdict tomba, il me serait impossible d'échapper à une césarienne pour mettre au monde ce futur bébé.

Donc je me suis trouvée enceinte assez facilement et ma grossesse s'est très bien déroulée malgré quelques angoisses à l'idée d'avoir un enfant cardiopathe. Mon gynécologue m'a adressé à une échographiste spécialisée dans des malformations congénitales entre autre cardiaques. J'ai dû passer 3 échocardiographies foetales dont la 1ère était vers la 18e semaine de grossesse. Vous imaginez bien mon état d'anxiété lorsque je devais passer cet examen.

Heureusement, j'en sortais à chaque fois plus sereine car on ne dépistait rien d'anormal. Avec du recul si le sort en avait voulu autrement, mon époux et moi-même étions d'accord pour une interruption volontaire de grossesse.

Cette décision aurait été prise en mesurant ô combien les traumatismes que cela impliqueraient. Je ne sais pas si j'aurais eu le courage d'affronter cette difficulté de faire face en tant que parents alors que j'avais dû moi-même surmonter cette épreuve pendant mon enfance.

Un petit Julien est né en 1991 avec un cœur en parfait état de fonctionnement maigre quelques arythmies au départ qui se sont estompées avec l'âge. Vous imaginez bien l'immense joie et la fierté que j'ai éprouvées devant ce beau bébé de 3 kg 340 né avec 3 semaines d'avance. Le gynécologue a préféré me faire accoucher avant le terme afin d'éviter une prise de poids trop importante car j'avais pris 12 kgs et qu'il estimait que le bébé était assez gros et grand.

Pour gâcher cet immense plaisir, quelques semaines après la naissance de Julien, on me dépista une tumeur dans l'oreille (Cholestéatome) qui nécessita une intervention chirurgicale en urgence. Ceci afin d'éviter que la tumeur ne monte au cerveau ou ne provoque une paralysie faciale. En définitive. je m'en suis sortie avec quelques séquelles : 50 % de perte d'audition et des acouphènes.

Malgré ce nouvel handicap, nous décidons en 1995 d'avoir un autre enfant. Nous espérions une petite fille mais, par malchance, cette histoire se solda au bout de quelques mois par une fausse couche spontanée. Puis quelques mois se sont encore passés et l'idée d'avoir un second enfant nous reprenait car je refusais que Julien reste un enfant unique et je me suis de nouveau retrouvée enceinte et nous avons repris les mêmes dispositions que pour Julien.

Et en 1996, ce fût la naissance d'un autre petit garçon prénommé "William" qui pesait 3 kg 260 avec aussi 3 semaines d'avance. Plusieurs années se sont écoulées avant de m'informer qu'il y avait un problème cardiaque sur ce foetus décédé. Je tus déçue sur le moment mais tellement soulagée à l'idée d'avoir pu éviter le pire : d'avoir un enfant malformé.

Malheureusement, en 1997 j'ai eu une grossesse extra-utérine et donc une 3e césarienne. Mais malgré cette éternelle lutte pour moi, un vrai miracle s'est produit : qui aurait cru à ma naissance que j'aurais pu devenir maman un jour ! ! ! Alors je dis à tous ceux et celles qui me liront qu'il faut toujours garder espoir et se battre tous les jours car le fait d'y croire permet de bien vivre.


Marie-L
A CŒUR OUVERT n° 130 2001