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 S’il y a un sujet qui est peu abordé lors des conférences de tous genres concernant les personnes atteintes de cardiopathies congénitales, c’est bien celui de la possibilité qu’il y a ou non d’adopter un enfant lorsque le corps ne peut supporter une grossesse pourtant désirée.

Je parlerai ici principalement de personnes atteintes de cardiopathie qui contre-indiquent quasi formellement une grossesse et qui, par définition, sont sévères et évolutives. Je parlerai aussi essentiellement pour les femmes, car on le sait, les hommes, même cardiaques, ont toujours la possibilité de faire les bébés (sauf infertilité) et n’ont pas de risques majeurs à ce sujet…

Est-il possible d’adopter lorsqu’on est une femme cardiaque ?

Tout est question de personne, en premier lieu. En effet, telle personne supporte bien sa cardiopathie, mène une vie tout à fait normale et a une cardiopathie qui évolue lentement, alors, l’adoption peut être envisagée de façon relativement sereine.

Telle autre, au contraire, est particulièrement fragile, a du mal à faire le minimum de chose au quotidien telle la toilette, ou le ménage et là, on pourra se poser la question du bien fondé d’un projet pour éduquer un enfant.

La question aussi est de savoir si l’on souhaite adopter seule ou en couple et, d’une manière un peu tranchée, j’aurais tendance à dire que si on est cardiaque et seul alors l’adoption est un projet insensé qu’il vaut mieux éviter de concrétiser car l’enfant qui a déjà une histoire difficile liée à l’abandon ou au décès de ses parents de naissance aura un risque de subir la perte précoce de sa mère adoptive et de se retrouver prématurément seul au monde.

Alors, dans l’absolu, oui, il est possible d’adopter un enfant lorsqu’on est une femme cardiaque ayant une contre-indication ferme de grossesse.

Quelles sont les conditions optimales à réunir pour qu’une adoption ait des chances d’aboutir et de se transformer en une vie de famille heureuse.

La première condition est, à mon avis, d’être mariée et de préférence avec une personne a priori en bonne santé car il faut, avant tout, penser à ce qu’on propose à l’enfant qui sera accueilli.

Il me semble que la cardiopathie doive être stabilisée et ne donne pas lieu, au moment du projet d’adoption, à des décompensations pouvant mettre en péril la vie même de la jeune femme qui souhaite adopter.

La jeune femme en question doit être en mesure de mener une vie la plus normale possible et être suffisamment en forme pour supporter de dépenser l’énergie que demande l’éducation d’un enfant au quotidien.

Le couple qui a un projet d’adoption, sera, de préférence, bien entouré par une famille prête à donner un coup de main en cas de nécessité. Il n’est en effet, pas question que l’enfant risque de se retrouver sans repère au cas où quelque chose arriverait à l’un de ses parents.

La jeune femme doit croire en sa capacité à être mère malgré la maladie et avoir pour elle-même un vrai projet de vie afin d’être capable d’insuffler son énergie à l’enfant à venir.

Comment se présenter aux travailleurs sociaux en charge des investigations dans la démarche d’agrément ?

Il est certain que lorsqu’on a une pathologie cardiaque grave et qu’on fait une démarche pour adopter, on a toujours une crainte d’être refusé(e) à cause de la cardiopathie, ce qui peut influer sur notre comportement lors de ces investigations.

Je pense qu’il faut être fermement décidé à se battre pour obtenir l’agrément et mettre en avant nos capacités éducatives et notre volonté de tout faire pour que l’enfant évolue dans un milieu serein et solide.

En tout état de cause, si le couple croit en son projet, il n’y a pas de raison qu’il n’aboutisse pas.

C’est le médecin qui confirme la capacité physique et psychique à élever un enfant, c’est donc avec lui qu’il faut parler de la façon dont on vit au quotidien et de ce qu’on est capable d’assumer.

Les assistants sociaux et les psychologues chargés des investigations ne doivent pas trop empiéter sur l’aspect médical et ils ne le feront que si vous donnez vous-même une importance trop grande à votre maladie dans votre vie quotidienne.

Il est donc essentiel, avant de vous lancer dans ces démarches, de faire un travail sur vous-même concernant votre approche psychique de votre cardiopathie. Consulter un psychologue de ville pour lui expliquer votre projet et pour qu’il vous aide à bien comprendre à quoi vous vous engagez peut s’avérer fort utile avant même d’aller au conseil général pour les formalités administratives nécessaires à l’obtention de l’agrément.

Les conditions psychiques importantes pour bien envisager le projet.

Vous l’aurez compris : il est essentiel de vivre en harmonie avec la cardiopathie, à savoir, d’avoir accepté que cette maladie soit dans votre vie, qu’elle vous impose quelques contraintes.

Mais ce n’est pas tout. Il est important d’avoir fait le deuil de la grossesse et de pouvoir envisager sereinement l’idée d’accueillir un enfant que vous n’aurez pas conçu vous-même (comme je dis : tricoté maison). Si vous êtes dans la souffrance de ne pas pouvoir concevoir votre enfant, vous risquez de ne pas pouvoir accueillir un enfant abandonné ou orphelin de façon adéquate pour qu’il se sente le mieux possible avec vous.

Votre projet doit reposer sur une réflexion longuement mûrie, pour cela, il sera essentiel de vous être documenté sur tous les aspects de l’adoption, ses bonheurs, mais aussi ses risques car il y en a. Mais, en tant que personnes vulnérables, les cardiaques auront à réfléchir sur la qualité de la relation qu’ils pourront créer avec leur enfant, sur la qualité de vie au quotidien qu’elles lui offriront.

Il sera nécessaire aussi d’avoir réfléchi au risque de disparition précoce qui peut survenir. En effet, certaines cardiopathies peuvent entraîner des morts subites ou des décompensations qui rendent les malades incapables d’agir sur la vie quotidienne, en tout cas, pas de façon optimale. Comment alors, en tant que parent, prévoit-on d’agir dans ce cas ? Quelle solution pouvons-nous envisager dans le cas où un accident survient ? Quelle capacité avons-nous à parler, avec notre enfant, des risques qui sont les nôtres ? Quelle est notre capacité à le rassurer, également, sur le fait que, quoi qu’il arrive pour nous, parents, cela ne le mettra pas lui-même en danger ?

Quelles capacités a le conjoint de gérer une disparition précoce ?

Cette question peut affoler quelqu’un qui est en plein projet d’adoption, donc de vie, il n’en reste pas moins que l’enfant qui arrivera, doit pouvoir s’appuyer sur des parents fiables et qui auront préparé au minimum les risques inhérents à une cardiopathie. Il est donc essentiel que celui qui a le moins de risques (ce qui ne veut pas dire qu’il ne lui arrivera strictement rien !!!), soit en mesure de prendre les bonnes décisions au cas où les événements seraient de nature à bousculer la vie quotidienne de la famille. Le conjoint doit savoir les risques qu’il prend, et cela, de façon tout à fait claire, pour être le mieux préparé possible à l’impossible !!

Qu’attend un enfant adopté de ses parents ?

Un enfant adopté a souvent une histoire difficile, ne serait-ce que parce qu’il a vécu la blessure de l’abandon. Il peut donc être fragilisé par rapport à tout ce qui a un lien avec les séparations, la rupture des liens. La peur de perdre un de ses parents peut être de nature à l’empêcher de s’épanouir, le bloquer dans sa certitude que la vie est une insécurité permanente et qu’il n’y a rien de bon à attendre de la part des autres puisque, de toute façon, ils sont toujours susceptibles de disparaître.

Le sentiment d’abandon peut être tellement puissant chez un enfant adopté que la maladie même d’un de ses parents peut être vécue comme une forme d’abandon, surtout lorsque le parent en question est « réduit » à ne rien faire ou presque, est souffreteux, souvent fatigué, souvent allongé et qu’il ne mène pas une vie normale de papa ou de maman.

L’enfant attend donc de ses parents qu’ils soient solides, psychiquement d’abord et éventuellement, physiquement. Il a besoin de se sentir sécurisé dans ses repères, a besoin que rien ne bouge (au moins pour un temps). Il peut se trouver en état d’insécurité affective très rapidement, d’où l’importance, lorsqu’on est malade, de bien mesurer la capacité qu’on aura à lui faire « oublier » qu’on est malade ou handicapé.

L’enfant ne doit pas sentir peser sur lui la responsabilité d’un parent malade. Il sera donc hors de question qu’on lui fasse faire les choses parce que l’un des parents ne peut pas les faire. Si on lui fait faire les choses, ce sera dans un souci éducatif, en tout état de cause, pas pour palier à la défaillance parentale.

Dire à un enfant, par exemple : « fais les lits parce qua ta mère ne peut pas les faire à cause de son cœur » est une erreur fondamentale qui pourrait faire naître chez l’enfant un sentiment de culpabilité pour le cas où il arriverait un malaise à la mère, justement le jour où, par souci d’indépendance, il aurait décidé de ne pas obéir à l’injonction.

Il est donc essentiel que le projet d’adoption soit réfléchi dans l’intérêt de l’enfant et non pas seulement parce que l’un des parents potentiels est malade ou handicapé et qu’il veut un enfant. Certes, l’adoption est d’abord une question de désir d’enfant, mais passé le cap de ce désir, il est capital que le projet soit réalisé autour de ce que, en tant que parents, on souhaite apporter à l’enfant et non pas ce qu’on imagine que l’enfant va nous apporter. L’enfant a droit à une famille, mais avoir un enfant n’est pas un droit pour nous autres, adultes.

Le deuil de l’enfant.

Aussi difficile cela puisse-t-il paraître, il est parfois préférable de faire le deuil de tout enfant plutôt que d’adopter un enfant si les risques sont trop importants, en matière de santé, pour la personne qui souhaite adopter… la souffrance peut être très grande à l’idée de ne jamais avoir d’enfants mais celle de l’enfant le serait encore plus de vivre avec des parents défaillants, incapables d’assumer le quotidien pour eux-mêmes et donc, pour lui. L’avenir de l’enfant dépend totalement des choix que nous faisons et en cela, nous devons être très vigilants dans ce que nous avons à proposer. Nous devons dépasser notre désir égoïste, même s’il semble naturel, au profit du bien-être de l’enfant.

L’avis du cardiologue.

Les cardiologues ne sont pas tous d’accord sur la conduite à tenir face à une jeune femme cardiaque qui souhaite avoir un enfant par adoption. En effet, ils sont confrontés à un dilemme qui les partage entre humanisme et réalisme, les deux n’étant pas toujours combinables. C’est ainsi que certains sont farouchement opposés à l’adoption lorsque la pathologie est très sévère et que les statistiques montrent une vraie fragilité pour les patients. D’autres seront systématiquement opposés, quelle que soit la cardiopathie, ce sera donc à vous, postulants, de savoir si vous voulez aller jusqu’au bout de votre démarche.

En ce cas, il est important que vous ayez une idée très claire de ce que vous vous sentez prêts à assumer et que vous puissiez prendre votre décision en tout conscience et en connaissance de cause.

Vous connaissez bien votre corps, vous connaissez bien votre état de santé générale et votre cardiopathie en particulier, vous êtes adulte, en couple, donc, vous êtes en mesure de prendre votre décision seul !! Car parfois, il vaut mieux avoir un projet d’adoption viable que de risquer une grossesse difficile !!

Démarches administratives

Lorsque vous avez bien réfléchi à votre projet et que vous voulez vous lancer dans sa réalisation, voici les premières démarches à opérer :

L’adoption, d’une manière générale, est ouverte aux :

Sites intéressants


Bernadette GAUTIER
Adulte cardiaque congénitale
Mère de deux enfants adoptés
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